Accueil > Non classé > Quand les mythes nuisent à la prévention
Plusieurs mythes et fausses croyances circulent au sujet de la violence sexuelle. Ces croyances peuvent véhiculer des généralisations et des informations erronées sur les victimes et les auteur·ice·s de violence sexuelle. Elles influencent la perception des situations à risque, la manière dont une personne réagit lors d’un dévoilement et, surtout, la capacité à prévenir les manifestations de violence sexuelles.
Déconstruire certains mythes permet de mieux comprendre les réalités entourant les agressions sexuelles et adopter des stratégies de préventions adéquates.
Mythe 1 : Les agressions sexuelles sont pour la plupart commises par un·e inconnu·e dans un endroit public.
Dans la majorité des cas, l’auteur·ice de violence sexuelle est une personne connue de la victime (proche, ami·e, membre de la famille, partenaire intime actuel ou passé, etc.). À l’inverse, seules 8,4% des agressions sexuelles dénoncées en 2022 ont été commises par des étranger·ère·s de la victime. De plus, les agressions sexuelles surviennent souvent dans un lieu privé, tel qu’une résidence où un lien de confiance et de sécurité est déjà établi.
Cette croyance peut nuire à la prévention en donnant un faux sentiment de sécurité. Or, la prévention ne consiste pas à éviter certains contextes et endosser la responsabilité de la protection auprès des personnes plus vulnérables. Elle implique l’éducation et la promotion de la communication entre partenaires, le respect des limites et une compréhension juste et intégrée du consentement.
Mythe 2 : Les agressions sexuelles peuvent facilement être expliquées par un seul facteur
Les violences sexuelles résultent rarement d’un unique facteur explicatif. Elles surviennent plutôt à la suite d’une combinaison de facteurs individuels, motivationnels, facilitants, culturels et sociétaux. Il est important d’éviter d’associer un simple contexte, tel que la consommation d’alcool ou de drogue comme moyen explicatif de la violence commise. Cette vision a pour effet de dédouaner la personne responsable des actes de violence sexuelle en minimisant les autres facteurs qui peuvent contribuer à ces gestes, tels que les croyances erronées sur le consentement, les attitudes qui banalisent la violence, les déséquilibres de pouvoir, les difficultés à gérer certaines émotions, les compétences relationnelles limitées, etc.
Ainsi, adopter une compréhension complexe des agressions sexuelles permet de mieux orienter les efforts de prévention et de cibler adéquatement plusieurs vulnérabilités présentes chez les auteur·ice·s de violence sexuelle.
Mythe 3 : Consentir à avoir une relation sexuelle indique que l’on consent à l’ensemble des gestes pouvant être posés
Le consentement n’est jamais permanent. Un accord initial à une relation sexuelle n’englobe pas tous les gestes pouvant être posés. Chaque gestes et activité sexuelle nécessite un consentement continu et peut être retiré à tout moment. Une communication claire et continue entre les partenaires est un signe de respect mutuel et permet une meilleure compréhension des désirs et des envies de chaque personne impliquée.
Mythe 4 : Les accusations d’agressions sexuelles sont souvent utilisées comme une façon de se venger
Les dénonciations mensongères demeurent rares, soit estimées à un taux variable entre 2 à 8%. Il est donc erroné de croire qu’une grande proportion des dénonciations sont effectuées par vengeance ou pour attirer une quelconque attention. Cette croyance peut entrainer une décrédibilisation de la parole des victimes et décourager celleux voulant dénoncer la violence subie. Considérant que seule une faible proportion des violences sexuelles est portée à l’attention des autorités, il est primordial de favoriser un climat où les dévoilements sont accueillis avec sérieux, écoute et respect.
Par ailleurs, ce mythe peut également nuire à la prévention en renforçant certains mécanismes de minimisation ou de déresponsabilisation chez chez les auteur·ice·s de violence sexuelle. Cette perception peut freiner la reconnaissance des gestes posés, limiter la remise en question et compromettre les démarches de responsabilisation, pourtant essentielles pour prévenir la récidive et favoriser des changements durables.
Déconstruire les mythes pour mieux prévenir
Les mythes entourant les agressions sexuelles influencent la compréhension de ces violences, mais également la manière dont elles sont prévenues. À l’inverse, s’appuyer sur les connaissances scientifiques permet de développer des interventions plus justes et plus efficaces. La prévention des violences sexuelles ne consiste pas uniquement à réagir lorsqu’une agression est commise; elle vise aussi à agir en amont en favorisant une meilleure compréhension du consentement, des facteurs de risque et des comportements respectueux.
C’est dans cette perspective que le CIVAS Montérégie offre des services spécialisés de prévention, d’évaluation et d’intervention auprès des personnes présentant des comportements sexuels problématiques ou à risque de les commettre. En misant sur une approche fondée sur les données probante, sensible et adaptée à chaque individu, notre organisme contribue à prévenir les violences sexuelles ainsi que promouvoir les relations saines, sécuritaires et respectueuses.
Sources:
Conseil du statut de la femme. (2025). Portrait des Québécoises. Édition 2024 – Violence. https://csf.gouv.qc.ca/wp-content/uploads/portrait-quebecoise-edition-violence.pdf
Institut national de santé publique du Québec. (2025, 6 mai). Faits et mythes sur la violence sexuelle. https://www.inspq.qc.ca/violence-sexuelle/comprendre/faits
Marshall, W. L., et Barbaree, H. E. (1990). An integrated theory of the etiology of sexual offending. In W. L. Marshall, D. R. Laws, et H. E. Barbaree (Eds.), Handbook of sexual assault: Issues, theories, and treatment of the offender (pp. 257–275). Plenum Press
Ministère de la Sécurité publique. (2024). Criminalité au Québec — Infractions sexuelles en 2022. Gouvernement du Québec. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/adm/min/securite-publique/publications-adm/publications-secteurs/police/statistiques-criminalite/infractions-sexuelles/stats_infr_sexuelles_2022.pdf
Candidate au titre de sexologue