Quand les mythes nuisent à la prévention (2)

Mythes et réalités 2

La conception sociétale des auteur·e·s de violence sexuelle est souvent accompagnée d’images, de croyances et d’idées préconçues. Ces représentations sont alimentées par des mythes et des stéréotypes qui teintent la façon de comprendre leurs motivations, leurs profils et leur potentiel de changement. S’intéresser à déconstruire ces images ne constitue pas une façon de minimiser les gestes commis. Au contraire, cela permet d’avoir une compréhension plus juste et de favoriser une mise en action préventive des violences sexuelles adaptées aux véritables réalités observées.

Mythe 1 : Avoir des fantasmes envers des mineur·e·s mène à un passage à l’acte

Les fantasmes réfèrent à l’univers imaginaire procurant une excitation sexuelle. Une personne peut être traversée par une variété de sujets lui suscitant une excitation sexuelle. Toutefois, celle-ci ne souhaite pas nécessairement tous les actualiser. Cette logique s’applique également aux fantasmes envers les mineurs. Il va de soi qu’il s’agit de fantasmes préoccupants. Or, un passage à l’acte nécessite beaucoup plus qu’un intérêt envers les mineur·e·s. Les pensées ou les fantasmes ne définissent pas les comportements d’une personne, mais bien les choix qu’elle pose. Chacun demeure responsable de ses actions. Lorsqu’un fantasme suscite des préoccupations, il importe d’obtenir de l’aide afin de mettre en place un filet de sécurité et de prévenir les risques d’un passage à l’acte

Mythe 2 : Toutes personnes ayant commis une agression sexuelle envers un enfant sont pédophiles.

Le terme pédophile réfère à une personne répondant aux critères diagnostic du trouble pédophilie présente dans le DSM-5. Socialement, plusieurs individus désignent à tort toute personne ayant commis une agression sexuelle sur un·e mineur·e comme pédophile. Pourtant, seule une minorité de personnes répondent aux critères diagnostiques de ce trouble paraphilique. En effet, les violences sexuelles commises envers les enfants peuvent être motivées par une variété de facteurs, s’éloignant parfois des critères diagnostiques. Ainsi, entretenir des croyances erronées concernant ces différentes réalités peut nuire à une compréhension juste des facteurs associés au risque de passage à l’acte et aux interventions préventives.

 

Mythe 3 : Les hommes auteurs de violences sexuelles dirigées envers un garçon sont tous homosexuels.

Les personnes ayant commis une violence sexuelle envers un garçon peuvent appartenir à une variété d’identité sexuelle différente. Considérant que les agressions sexuelles ne sont pas uniquement motivées par une motivation sexuelle, le sexe de la victime ne permet pas d’attribuer une orientation sexuelle à l’auteur de violence sexuelle. Cette confusion peut d’ailleurs contribuée à stigmatiser injustement les personnes homosexuelles en associant à tort l’homosexualité aux agressions sexuelles envers les enfants.

Déconstruire les mythes entourant les auteurs de violence sexuelle permet de mieux comprendre les réalités en jeu et de soutenir des stratégies de prévention adaptées. Au CIVAS Montérégie, nous croyons qu’une intervention fondée sur une compréhension nuancée de ces réalités est essentielle pour prévenir les violences sexuelles. Nos ressources et nos services d’accompagnement visent notamment à soutenir les personnes préoccupées par leurs comportements ou leurs intérêts sexuels, afin de favoriser une démarche de responsabilisation et de prévention


 

Sources

Bennett, M., Harris, D. A., Richards, K., & Shields, R. (2025). ‘Any male victim?’ The legacy of conflating paedophilia and homosexuality and the differential seriousness of sexual abuse by victim gender. Psychiatry, Psychology and Law, 32(1), 106–120. https://doi.org/10.1080/13218719.2023.2280519

Seto, M. C. (2018). Pedophilia and sexual offending against children: Theory, assessment, and intervention (2e éd.). American Psychological Association.

Seto, M. C. (2018). The puzzle of male chronophilias. Archives of Sexual Behavior, 47, 3–22. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27549306/

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